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Histoire

« Le vrai port pour moi - parce qu’il ouvrait directement sur la mer (…), c’était Saint-Nazaire : vraiment, lui, une porte océane... »
Julien Gracq, La forme d’une ville, 1986.

Un port pour l’Atlantique

Le Port de tous les voyages vous invite à découvrir des visites « pour ne plus toucher terre »». Ici rien d’artificiel. C’est à une véritable aventure que nous vous invitons. Un terrain de découverte hors du commun, le port de Saint-Nazaire…

Loin d’être un port relique, ou un port-musée, Saint-Nazaire reste un exceptionnel ensemble économique, marqué par la présence du chantier naval de réputation mondiale, ou encore d’un important site Airbus de stature européenne. Ces entreprises d’exception, nées dans la ville, participent pleinement à son histoire, son actualité, et seront des éléments essentiels de son avenir. Tout comme les activités portuaires sans lesquelles Saint-Nazaire ne serait pas Saint-Nazaire. C’est la raison pour laquelle ces entreprises ouvrent leurs portes et accueillent elles aussi les visiteurs prêts à embarquer sur le Port de tous les Voyages, tandis que les visiteurs d’Escal’Atlantic embarquent dans les pas des passagers d’hier.

Suivez-nous pour un voyage à travers l’histoire de ce port.

1 – La naissance d’un port

Creusé entre 1856 et 1881, le port de Saint-Nazaire est composé de deux grands bassins : le bassin de Saint-Nazaire et celui de Penhoët. Ils sont à l’origine fermés par une seule écluse, côté Loire, qui leur permet de rester tout le temps en eau et de ne pas être dépendants de la marée, très importante sur le littoral Atlantique. Leur niveau est assez constant, toujours au-dessus des eaux de l’estuaire. Ce système garantit la flottaison des navires… à toute heure. Rien à voir avec les anciens ports à sec à marée basse.

Traditionnellement les ports atlantiques sont des ports d’échouage. La marée basse couche les navires sur la vase ou le sable, deux fois par jour. Les bateaux « touchent le fond ». Si cet usage est possible avec de petites embarcations, ce n’est plus le cas avec les cargos ou les paquebots. En ce milieu de 19e siècle, la révolution industrielle devient aussi une « révolution portuaire ».

Tableau de M. Moreau, paru dans « Le vieux visage de Saint-Nazaire », 1933. Cliché SNTP-Ecomusée.

Le tableau de 1876 ci-dessous présente la naissance du port de Saint-Nazaire, déjà tête de ligne pour l’Amérique Centrale depuis 1862. Le village d’origine est installé sur une pointe entre estuaire et océan. A sa droite, le premier bassin du port est en service avec voiliers et navires à vapeur. L’écluse permet d’y entrer et d’en sortir, tout en évitant au port de se vider à marée basse. Le second bassin, plus grand, est en cours de réalisation. Les chantiers navals s’y installent. C’est le début d’une grande histoire portuaire et industrielle.

Huile sur toile, de Jacques Alfred Brielman 1876. Coll. CCI de Saint-Nazaire, cliché SNTP-Ecomusée.

L’écluse géante

À la fin du 19e siècle, l’écluse Est se révèle trop petite pour accueillir des navires dont la taille va croissante. Les chantiers navals travaillent de leur côté à des futures commandes de paquebots dont les dimensions s’annoncent impressionnantes. Il faut construire une entrée plus adaptée. Et vite. Le projet d’une nouvelle entrée est adopté par une loi de 1896. Elle sera financée par la Ville, la Chambre de Commerce de Saint-Nazaire, le Département et l’Etat.

Ce plan des bassins et de la ville de Saint-Nazaire date de 1886. On y voit bien la première écluse à l’Est et le site du percement de la future entrée à travers le village d’origine, au Sud. La Compagnie Générale Transatlantique est installée au bord du premier bassin.

Plan de la ville et du port de Saint-Nazaire en 1886. Collection Archives Départementales de Loire-Atlantique.

Les travaux démarrent en 1896. Maisons et jardins sont avalés par les machines. Il faut ce qu’il faut… Rien ne doit entraver la marche des navires. La nouvelle entrée du port est taillée à travers le « vieux Saint-Nazaire » en coupant la presqu’île de granit en deux. 30 m de largeur, 286 m de longueur, 6 m de profondeur en-dessous du 0 des cartes marines. Elle doit pouvoir accueillir des navires avec un tirant d’eau de plus de 9 m en jouant avec les marées et le niveau d’eau des bassins.

Pendant la construction de l’entrée Sud, photographie de Théo Prat, 1902. Collection SNTP-Ecomusée.

Après onze ans de travaux, l’entrée Sud est inaugurée le 23 septembre 1907 par le paquebot Versailles. En présence des ministres de la Marine et des Travaux Publics, et du ministre de l’Instruction Publique, Aristide Briand. Avocat à Saint-Nazaire dans sa jeunesse, il deviendra Prix Nobel de la Paix. Trois jours de réjouissances sont organisés : bals, lancement de ballons, défilé historique, retraite aux flambeaux…

Pendant l’inauguration de l’entrée Sud, le 22 septembre 1907. Collection SNTP-Ecomusée.

En 1927, l’Ile-de-France s’avance proue vers le large pour son premier grand voyage. Avec ses 231 m de long, il est le plus gros navire à avoir franchi l’écluse. Qui n’en supporterait pas davantage. Cinq ans plus tard, une nouvelle infrastructure est construite pour le géant des géants, le paquebot Normandie : la forme-écluse Joubert.

Départ du paquebot Ile-de-France du port de Saint-Nazaire, le 29 mai 1927. Collection SNTP-Écomusée. Fonds Chantiers de L’Atlantique.

Pour soutenir la construction navale, l’État intervient régulièrement, comme pour la construction du paquebot Normandie de 1928 à 1935 et pour l’édification de la troisième entrée du port. La forme-écluse Joubert, construite de 1928 à 1932, sera nécessaire aux travaux de finition de ce grand paquebot de 313 mètres de long.

Remorquage du paquebot Normandie quittant Saint-Nazaire par la forme-écluse Joubert, le 5 mai 1935. Coll. Ecomusée de Saint-Nazaire, fonds Edouard Bourgueil / cliché SNTP

 

2 – Un port en guerre

Le port de guerre ou la ville otage

Le port de Saint-Nazaire est très tôt perçu comme un lieu clef de la façade atlantique. Dès le début de la Seconde Guerre mondiale, ce rôle stratégique se confirme. En 1940, les troupes allemandes pénètrent dans la ville et transforment le port de commerce en port de guerre. Dès 1941, l’occupant commence la construction de la base sous-marine, gigantesque fortification, en détruisant les installations de la Compagnie Générale Transatlantique. La base est édifiée à l’emplacement même de la darse du bassin. Achevée en décembre 1942, elle abrite les sous-marins de deux flottes engagées dans la Bataille de l’Atlantique. Plusieurs milliers d’ouvriers sont réquisitionnés par l’Organisation Todt.

Sous-marin allemand dans le bassin de Saint-Nazaire, devant la base sous-marine vers 1942. Collection SNTP-Écomusée. Fonds Wiedenhofer.

Durant la guerre, le port est intégré au dispositif de défense constitué autour de la base sous-marine. L’écluse fortifiée de 155 mètres de long, 25 de large et 14 de haut est construite en 1943-1944 dans l´axe de la base. Elle vient « bunkériser » l’ancienne entrée du port. Les terrasses de la base et de l´écluse sont dotées d´une importante défense anti-aérienne. Ce porche de béton devait permettre de protéger les sous-marins des bombardements pendant la période d’éclusage entre l’estuaire et le bassin. Mais il ne sera jamais opérationnel : le sas fortifié de l’entrée Est ne sera pas achevé et l’entrée Sud reste la porte maritime de la « Forteresse Saint-Nazaire ».

Juillet 1941, le U-Boot 553 rentre dans le port, par l’entrée Sud. Collection SNTP-Ecomusée.

La destruction

La base allemande de Saint-Nazaire constitue un objectif stratégique pour les bombardements alliés. La ville et ses habitants vont, en réalité, être les principales victimes des 50 bombardements qui détruisent la ville à 85 %.

Saint-Nazaire, 1946 : un paysage de ruines autour de la base sous-marine. Collection SNTP-Ecomusée.

La libération

Au centre d’une « poche » s’étendant sur 30 km autour de la ville, et qui résistera jusqu’au bout aux partisans et aux troupes alliées, Saint-Nazaire est la dernière ville de France – et d’Europe – à être libérée, le 11 mai 1945.

Région de Saint-Nazaire (Le Pouliguen) : une jeune femme accueille un soldat américain lors de la libération de la poche en 1945. Collection SNTP-Écomusée. Fonds Edouard Bourgueil.

 

3 – De la reconstruction à la reconquête

La reconstruction : une ville séparée de son port

Les travaux de déblaiement de la ville en ruines commencent rapidement. Les objectifs de la reconstruction sont clairs : agrandir l’espace industrialo-portuaire en déplaçant le centre-ville et la gare vers l’ouest, doter la ville d’équipements modernes, organiser la voirie en prévoyant un fort développement de l’usage de la voiture. C’est ainsi que la cité se « sépare » de son port. Une ville nouvelle se dessine selon un schéma fonctionnel : la zone d’activités portuaires et industrielles à l’est, une zone tampon ou encore « coupure verte » autour de la base sous-marine, une zone pour le développement urbain à l’ouest. Un axe majeur de plus d’un kilomètre de long, orienté nord – sud, relie la nouvelle gare à l’Hôtel de ville : l’avenue de la République, nouvelle artère commerçante, éloignée du port d’origine.

La reconstruction de la ville prend symboliquement fin en 1960 avec l’inauguration du nouvel Hôtel de ville.

Construction de l’hôtel de ville (1956 – 1960). Architecte Roux-Spitz. Collection SNTP-Écomusée.

Se réapproprier l’histoire et le sens de la ville

Saint-Nazaire était une ville neuve à laquelle il fallait redonner un sens. « Ouvrir la ville sur le port et la mer » est affirmé dès 1983 comme l’un des objectifs majeurs et l’une des conditions du renouveau de la ville. Des réflexions issues des années 80, ressortent de grands axes d’actions à partir desquels la ville va forger son évolution :

  • retourner la ville vers le port et la mer,
  • rendre les quartiers agréables autour d’un centre-ville animé,
  • diversifier l’économie et renforcer la formation des jeunes.

Dès le début des années 80, la ville engage sur le port les premières actions de sa politique culturelle doublée d’une ambitieuse politique touristique. Au début des années 90, le port attire ses premiers publics, touristes, promeneurs, amateurs de culture, artistes, mais aussi écrivains et créateurs…

L’Ecomusée et le sous-marin Espadon ouvrent leurs portes en 1987 / 1988. Le sous-marin est installé dans l’ancienne écluse fortifiée.

Arrivée du sous-marin Espadon le 22 août 1986. Collection André Rollet. Cliché SNTPe-Écomusée. Photographe André Rollet.

Forte de sa conviction que le port est sa raison d’être, la ville affirme son ambition en lançant, en 1994, un projet de reconquête du territoire en friche situé entre la ville et son port. Ce projet, appelé désormais Ville-Port, a pour objectifs de réorienter le centre-ville de la reconstruction vers son port et de revaloriser le quartier portuaire en y implantant une mixité de fonctions urbaines, économiques, touristiques, culturelles et identitaires.

La rampe piétonne vers le toit de la base sous-marine, symbole fort de la reconquête du bâtiment par la Ville et ses habitants.

A la fin des années 1990 un évènement majeur se produit : la reconquête de la base sous-marine. Investie par la ville, elle va accueillir plusieurs équipements dont le premier n’est autre que l’emblématique Escal’Atlantic. Pour renouer avec sa légende transatlantique la ville a fait le choix de se doter d’un équipement exceptionnel consacré à l’histoire et au patrimoine des grands paquebots français. Et c’est à l’emplacement même d’où partaient les navires pour l’Amérique centrale que le visiteur–voyageur peut désormais embarquer à son tour. Le célèbre journaliste, grand voyageur Claude Villers (ci-dessous, embarquant à Escal’Atlantic en mai 2000), ne s’y est pas trompé écrivant au moment de l’inauguration un très joli texte.

 

« A Saint-Nazaire, non loin des chantiers qui les ont vu naître, les paquebots d’autrefois – même ceux qui n’existent plus – s’offrent encore pour une traversée transatlantique vers l’Eldorado. Il me suffit de franchir l’échelle de coupée d’un vaste vaisseau de pierre pour entreprendre ce voyage dans les brumes de ma mémoire. Car ce monstre de béton construit sur les bords de Loire pour nourrir les pires cauchemars des hommes, abrite aujourd’hui une sorte de port magique où l’on peut embarquer pour l’aventure et la légende… »